SGE, l'entreprise fondée en 2019 par le milliardaire polonais Michał Sołowow, a déposé un dossier dans le cadre du nouveau cadre réglementaire britannique pour le nucléaire avancé (Advanced Nuclear Framework). Le projet : 14 réacteurs BWRX-300 de GE Vernova Hitachi, chacun d'une capacité d'environ 300 MW, répartis sur trois sites non divulgués au Royaume-Uni. La puissance combinée – 4,2 GW – représente environ 11 % de la demande électrique britannique, assez pour alimenter l'équivalent de 8 millions de foyers, avec une durée de vie opérationnelle d'au moins 60 ans (source : The Next Web, juillet 2026).
SGE ne construira pas seul. L'équipe de livraison rassemble GE Vernova Hitachi pour la technologie des réacteurs, Samsung C&T (construction) et Laing O'Rourke (ingénierie civile britannique). Le coût unitaire est estimé entre 2,2 et 2,5 milliards de livres par réacteur, soit un coût total de ~35 milliards. Le calendrier vise une première production d'électricité en 2034 – un horizon qui, dans l'industrie nucléaire, laisse une marge significative pour les retards (source : The Next Web).
Explosion de la demande électrique (IA, data centers, pompes à chaleur, VE)→ Insuffisance des renouvelables intermittents pour le baseload→ Retour en grâce politique du nucléaire→ UK crée l'Advanced Nuclear Framework→ SGE dépose son projet 14 SMR→ Première puissance ciblée : 2034
Les SMR (Small Modular Reactors) représentent un changement de paradigme par rapport aux centrales nucléaires traditionnelles. Là où un EPR comme Hinkley Point C est un projet unique, massif (3,2 GW) et construit sur site avec des délais et des surcoûts légendaires, les SMR sont conçus pour être fabriqués en usine, transportés et assemblés sur site, avec une standardisation qui doit théoriquement réduire les coûts et les délais. Le BWRX-300 de GE Vernova Hitachi est un réacteur à eau bouillante de 300 MW, dérivé du design ESBWR mais simplifié pour la production en série (source : The Next Web).
Le projet SGE n'est pas né dans un vide politique. Il est la réponse directe à une équation énergétique que les renouvelables seuls ne peuvent pas résoudre. Les data centers d'IA consomment des quantités massives d'électricité en continu – 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. L'apprentissage des grands modèles de langage exige des fermes de GPU fonctionnant à pleine puissance pendant des semaines. Les pompes à chaleur et les véhicules électriques ajoutent une pression supplémentaire sur les réseaux. Le résultat : des gouvernements qui avaient mis le nucléaire au placard le ressortent comme unique source capable de fournir une puissance de base décarbonée, pilotable et massive. Même Samsung Heavy Industries planifie des data centers flottants de 50 MW d'ici 2028, équipés de génération électrique embarquée au GNL – le signal que l'industrie cherche désespérément des solutions de puissance hors réseau (source : The Next Web, juillet 2026).
SGE présente son plan comme un investissement privé. Mais le modèle économique repose sur deux mécanismes publics : un Contract for Difference (CfD) – un prix de l'électricité garanti par le gouvernement britannique – et un engagement du National Wealth Fund, le fonds souverain britannique. Dans ce schéma, les consommateurs ne paient rien avant que les réacteurs ne produisent de l'électricité. Mais le CfD verrouille un prix garanti sur des décennies, transférant le risque de marché du développeur vers les contribuables et les consommateurs. C'est le même mécanisme qui a soutenu Hinkley Point C, avec un prix d'exercice qui s'est avéré très supérieur aux prix de marché pendant des années (source : The Next Web).
Le coût unitaire annoncé – 2,2 à 2,5 milliards de livres par réacteur de 300 MW – est une estimation pour une technologie qui n'a jamais été déployée commercialement. L'histoire du nucléaire est jonchée de dépassements : le coût de Hinkley Point C a plus que doublé entre l'estimation initiale et le chiffre actuel. Si le coût réel des BWRX-300 s'avère supérieur, qui absorbe la différence ? La réponse déterminera si SGE est un projet énergétique ou un arbitrage réglementaire sur le dos des contribuables britanniques.
Pendant que SGE planifie des réacteurs de 300 MW au sol, une startup de Miami – City Labs – a franchi une étape discrète mais historique : le lancement du premier satellite commercial à alimentation nucléaire. Le satellite BOHR, un CubeSat de la taille d'une balle de softball, utilise une batterie bêtavoltaïque NanoTritium qui convertit la désintégration du tritium (un isotope radioactif de l'hydrogène) en électricité. La puissance est minuscule – de l'ordre du nanowatt au microwatt – mais le signal réglementaire est massif : c'est la première mission nucléaire commerciale approuvée par le nouveau processus de la FAA pour les charges utiles nucléaires (source : Ars Technica, juillet 2026).
BOHR n'alimentera pas un data center. Mais il brise un verrou symbolique : le nucléaire spatial et terrestre n'est plus l'apanage des agences gouvernementales. La FAA a validé un processus d'approbation pour des charges utiles nucléaires commerciales. La NASA étudie des sources d'énergie au tritium pour des capteurs dans les cratères lunaires. L'US Air Force et la Space Force ont passé des contrats pour des batteries au tritium destinées à des dispositifs cryptographiques et des capteurs autonomes. Le CEO de City Labs, Peter Cabauy, résume : « BOHR démontre que des systèmes d'énergie nucléaire sûrs, compacts et approuvés par les régulateurs sont prêts pour un déploiement commercial de routine. » Le nucléaire civil est en train de se normaliser à une vitesse que les opposants historiques n'avaient pas anticipée (source : Ars Technica).
Le projet SGE et le satellite BOHR sont deux points sur une même courbe. La première phase de la révolution IA – jusqu'en 2025 – a été une course aux GPU, aux modèles et aux talents. La deuxième phase, qui commence, est une course à l'infrastructure physique : électricité, refroidissement, emprise foncière. Le nucléaire, qu'il soit terrestre (SMR) ou spatial (bêtavoltaïque), redevient une option stratégique parce que les alternatives ne tiennent pas la charge. Le solaire et l'éolien sont intermittents. Les batteries à l'échelle du réseau n'existent pas encore. Le gaz est carboné. Reste le nucléaire – avec tous ses risques de coût, de délai et d'acceptation. La vraie question n'est pas « le nucléaire est-il la solution ? » mais « avons-nous une alternative ? »