Le 12 juin 2026, SpaceX entrera en Bourse au prix de 135 dollars par action. L'entreprise de Hawthorne prévoit de céder environ 555,6 millions de titres, ce qui lui permettrait de lever près de 75 milliards de dollars et valoriserait la société à environ 1 770 milliards de dollars, selon Forbes. Ces chiffres, même isolément, écrasent tous les précédents historiques : la plus grosse IPO jamais réalisée était celle de Saudi Aramco en 2019, qui avait levé 29,4 milliards de dollars. SpaceX lève près de trois fois plus.
La valorisation post-IPO de 1 770 milliards dépasse celle de la quasi-totalité des entreprises cotées
Mais le chiffre qui a véritablement secoué les marchés le 9 juin est celui de la demande. Selon Reuters, qui cite des sources proches du dossier, la demande investisseur dépasse 250 milliards de dollars, soit un taux d'oversubscription proche de quatre fois le montant prévu. Des ordres significatifs ont été passés par des investisseurs de long terme, indiquent ces mêmes sources à Reuters, alors que SpaceX continue de commercialiser activement son IPO : sa présidente Gwynne Shotwell et son directeur financier Bret Johnsen étaient attendus mardi 9 juin à un déjeuner chez Morgan Stanley réunissant environ 300 investisseurs.
Une oversubscription de 4x sur une opération de cette taille n'a pas de précédent. Pour la comprendre, il faut décomposer les forces qui s'additionnent : la rareté du papier disponible, l'effet d'entonnoir des allocations institutionnelles, et la pression concurrentielle entre acheteurs.
Le mécanisme est connu des banquiers d'affaires : lorsqu'un investisseur institutionnel anticipe une allocation de 10 % de son ordre, il passe un ordre de 500 millions pour obtenir 50 millions. Multiplié par des centaines d'investisseurs, ce comportement produit mécaniquement une oversubscription qui ne reflète qu'imparfaitement la demande réelle. Mais même en corrigeant de cet effet de surdimensionnement, l'appétit pour SpaceX reste d'une ampleur inédite.
À 135 dollars par action, la valorisation post-IPO de SpaceX atteint environ 1 770 milliards de dollars. Rapportée aux 18,7 milliards de dollars de revenus générés en 2025, cette valorisation implique un ratio prix/revenus d'environ 95x, et un ratio supérieur à 100x sur la base des 4,7 milliards de chiffre d'affaires du premier trimestre 2026 (en hausse de 15 % sur un an), selon Nasdaq / The Motley Fool.
Le prix de 135 dollars a été fixé sans le processus traditionnel de découverte de prix (book building), note Nasdaq. JPMorgan Chase et Bank of America dirigent la syndication. Jamie Dimon, CEO de JPMorgan, a personnellement organisé un événement de vente pour promouvoir l'opération. Cette tarification administrée plutôt que découverte par le marché constitue une asymétrie supplémentaire : le prix ne reflète pas l'équilibre offre-demande mais un choix stratégique des banques et de l'entreprise.
Elon Musk détient 42 % du capital ordinaire de SpaceX. Au prix d'IPO de 135 dollars, sa participation serait valorisée à environ 743 milliards de dollars. Combinée à sa fortune existante (792,8 milliards de dollars estimés par Forbes au 9 juin), Musk deviendra le premier trillionnaire de l'histoire dès la cotation.
- Key man risk : la valorisation de SpaceX intègre une prime Musk explicite. La perception du marché associe la trajectoire de l'entreprise à la figure de son fondateur. Tout événement personnel, juridique ou réglementaire affectant Musk se répercuterait mécaniquement sur le titre.
- Liquidité future : avec 42 % du capital, les ventes futures de Musk (même progressives) pèseraient sur le cours. Les périodes de lock-up post-IPO expirent généralement après 180 jours.
- Gouvernance asymétrique : la concentration du vote entre les mains du fondateur réduit la capacité des actionnaires minoritaires à influencer les décisions stratégiques.
Le 9 juin, les valeurs technologiques ont accentué leur repli dans un contexte de rotation sectorielle et d'anticipation de l'IPO SpaceX. Selon MarketWatch, l'angoisse est double : d'une part, les 75 à 86 milliards de dollars de titres SpaceX mis sur le marché absorbent une part significative de la liquidité disponible ; d'autre part, les investisseurs vendent leurs positions gagnantes (notamment les valeurs IA et semi-conducteurs) pour libérer du cash et participer à l'IPO.
BlackRock, via sa responsable Asie-Pacifique Susan Chan, a qualifié le selloff technologique d'« opportunité », rappelant que les marchés ont prouvé leur résilience dans le temps, selon Bloomberg. Cette lecture contraste avec l'inquiétude de court terme des investisseurs qui doivent arbitrer entre leurs positions existantes et l'allocation SpaceX.
L'histoire boursière offre un contrepoint saisissant à l'euphorie actuelle. Meta Platforms (Facebook) a perdu environ 50 % dans les trois mois suivant son IPO de 2012. Uber a chuté de 33 % dans le même intervalle après son introduction de mai 2019. La règle empirique est connue : les IPO à valorisation extrême subissent une correction post-cotation quand la hype initiale s'essouffle et que les périodes de lock-up expirent.
Un analyste de The Motley Fool, relayé par Nasdaq, projette que SpaceX pourrait toucher 75 dollars en juillet 2026, soit une baisse de 44 % par rapport au prix d'IPO. Même à ce niveau, la capitalisation resterait proche de 1 000 milliards de dollars avec un ratio prix/revenus de 60x, « presque aussi riche que n'importe quel autre titre du marché ». Le scénario repose sur trois facteurs : l'affaiblissement des fondamentaux (croissance en décélération, absence de rentabilité), la valorisation extrême, et les fissures dans le marché haussier global.
Les scénarios haussiers reposent sur une vision radicalement différente. L'investisseur milliardaire Ron Baron estime que SpaceX pourrait atteindre 30 000 milliards de dollars de valorisation dans 10 à 20 ans. La thèse : des data centers orbitaux capables de traiter des charges de calcul IA extrêmes avec une efficacité supérieure à l'infrastructure terrestre, déployables dès 2028 selon un document déposé auprès de la SEC. C'est ce potentiel de rupture technologique, et non les résultats actuels, qui soutient la thèse d'investissement à long terme.