Zepto est fondée en 2021 par Aadit Palicha et Kaivalya Vohra, deux étudiants de Stanford qui abandonnent leurs études pour construire une plateforme de livraison de courses en moins de 10 minutes. Le modèle repose sur un réseau de dark stores – des micro-entrepôts urbains optimisés pour la préparation de commandes, sans clients physiques – qui maillent les grandes villes indiennes. Cinq ans plus tard, Zepto opère 1 139 de ces dark stores, a traité plus de 640 millions de commandes en l'exercice fiscal 2026, et revendique environ 48 millions d'utilisateurs actifs annuels. La concurrence est féroce : Blinkit (propriété de Zomato), Swiggy Instamart, Amazon et Flipkart (adossé à Walmart) se disputent le même espace. Zepto s'est différenciée par la vitesse d'exécution et une relocation stratégique de son domicile fiscal de Singapour vers l'Inde en 2025, s'alignant sur une vague de startups indiennes qui rapatrient leur structure juridique en prévision d'une cotation domestique, selon TechCrunch.
La machine économique de Zepto repose sur deux moteurs distincts. Le premier est la vente de produits (courses, produits frais, articles ménagers) via l'application, avec une promesse de livraison en moins de 10 minutes. Le chiffre d'affaires opérationnel a atteint 115,5 milliards de roupies (2,4 milliards de dollars) sur l'exercice fiscal 2026, en hausse de 104% sur un an. Le second moteur, plus discret mais structurellement plus intéressant, est la publicité : les revenus publicitaires ont bondi de 151% à 16,4 milliards de roupies (171 millions de dollars). C'est la reproduction exacte du playbook d'Amazon, où la place de marché devient un média – les commerçants paient pour la visibilité dans l'application, transformant chaque écran de recherche en inventaire publicitaire. La croissance plus rapide des revenus publicitaires que du chiffre d'affaires opérationnel suggère que Zepto monétise déjà son audience au-delà de la marge sur les produits – un signal que la plateforme a atteint une masse critique d'utilisateurs.
Les indicateurs opérationnels de Zepto sont impressionnants : 640 millions de commandes traitées en FY26 (presque le double de l'année précédente), 48 millions d'utilisateurs actifs annuels, et une densité de commandes par dark store en augmentation – signe que la demande croît plus vite que le réseau. Pourtant, la perte nette s'est creusée de 47 milliards de roupies (492 millions de dollars) à 59,1 milliards (617 millions), soit une augmentation de 25% des pertes pour un doublement des revenus. C'est la signature économique du quick-commerce : chaque commande supplémentaire génère du chiffre d'affaires mais aussi des coûts logistiques, de personnel de préparation, et de subventions clients. Le prospectus inclut d'ailleurs un avertissement explicite : l'entreprise « pourrait continuer à subir des pertes » et « pourrait ne pas maintenir ses taux de croissance historiques », rapporte Bloomberg.
Zepto a levé des fonds en octobre 2025 à une valorisation de 7 milliards de dollars. Mais selon TechCrunch, « certains fonds communs de placement et family offices qui ont examiné l'entreprise avant l'IPO ont indiqué des valorisations bien inférieures à son dernier tour privé ». Cet écart n'est pas anecdotique – il est structurel. Les investisseurs privés (YC, Lightspeed, StepStone, Glade Brook) valorisent la croissance et le momentum. Les investisseurs publics valorisent la rentabilité et la prévisibilité des flux de trésorerie. Avec 617 millions de dollars de pertes pour 2,4 milliards de revenus, le ratio pertes/revenus de Zepto est de 26% – un niveau qui, dans le contexte des marchés publics, déclenche des questions sur le chemin vers la profitabilité. Le prospectus ne fournit pas de prix indicatif, et le placement pré-IPO envisagé (jusqu'à 16,02 milliards de roupies, soit 167 millions de dollars) pourrait servir de test de prix avant l'opération principale.
En avril 2026, les fondateurs de Zepto ont été convoqués par l'Enforcement Directorate (ED), l'agence indienne de lutte contre le blanchiment d'argent. L'enquête porte sur les investissements étrangers, la structure actionnariale et la conformité aux lois sur les changes, rapporte TechCrunch. Les fondateurs ont coopéré et fourni les documents demandés ; aucune communication ultérieure de l'ED n'a été reçue. Mais le prospectus inclut une divulgation de risque explicite : « ne peut pas exclure de futures enquêtes, investigations ou sanctions ». Pour une entreprise qui s'apprête à entrer en Bourse, ce type de facteur de risque est un caillou dans la chaussure du narrative de croissance. Les investisseurs institutionnels, en particulier les fonds étrangers, sont structurellement allergiques à l'incertitude réglementaire – surtout dans une juridiction où l'ED a historiquement ciblé des startups tech (Byju's, Paytm) avec des conséquences dévastatrices sur leur valorisation.
Le modèle Zepto repose sur trois hypothèses non vérifiées à l'échelle des marchés publics. Chacune constitue une fragilité structurelle que l'IPO va exposer.